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Angélique Villeneuve, ou la poésie gourmande et lumineuse

Les livres d’Angélique Villeneuve sont de vrais trésors. Son écriture renferme une poésie d’une grande beauté, emplie de lumière. Le festin de Citronnette, paru chez Sarbacane, a tout de suite attiré mon attention : il est rare que texte et illustrations s’accordent avec tant d’évidence, de simplicité. C’est une histoire pétillante, que je prends plaisir à conseiller aux parents et aux jeunes lecteurs. J’ai d’ailleurs eu la chance de recevoir une jolie dédicace de la part de l’illustratrice, Delphine Renon, lors du Salon du livre jeunesse de Beausoleil, en mai dernier.

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Angélique Villeneuve – Source J’aime lire Max

Et c’est tout à fait par hasard, sans que je ne fasse tout d’abord le lien, que j’ai lu Une nuit de septembre, publié chez Grasset. Quelque chose d’indicible m’a guidé vers ce roman des plus bouleversants. Il contient une part d’humain et d’intime si forte, qu’on le prend de plein fouet. Les mots sont sincères, purs, chaleureux malgré le thème du récit. Angélique Villeneuve détient la capacité à nommer la douleur, l’apprivoiser, jusqu’à capturer son essence. Et il me tarde de la rencontrer… En attendant ce jour, l’auteure a répondu volontiers à quelques-unes de mes questions !

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  • Bonjour, Angélique ! Tout d’abord, pourrais-tu nous parler un peu de ton parcours ? Comment s’est déroulée la publication de ton premier album ?

Je suis avant tout une romancière, en réalité. J’ai publié 6 romans entre 2001 et aujourd’hui, dont le dernier (le prochain aussi) est paru chez Grasset. Mais je dois dire que j’aime aussi – et de plus en plus ! – faire de petites incursions ailleurs. Il y a eu la cuisine, et maintenant la jeunesse.

Mon premier album a été publié en 2013 aux éditions du Seuil, il s’appelle Les très petits cochons et revisite, en photos, le conte des trois petits cochons. Avec Martine Camillieri, artiste plasticienne, nous avons cherché une autre façon – farfelue – de mettre en scène cette histoire. Martine travaille avec de petits objets de récupération, des jouets, et je dois dire que nous nous sommes bien amusées. Nous avons proposé au Seuil le projet déjà bien abouti à deux, photos de Martine et texte de moi.

Ensuite, avec Delphine Renon, nous avons imaginé, toujours à deux, l’histoire de Citronnette. Et même si j’ai aimé les petits cochons, la langue et les thèmes de ce nouvel album correspondent mieux, je crois, à ce que je veux faire désormais en jeunesse. Textes et dessins sont absolument en osmose dans cet album.

  • Tu écris donc pour les adultes et la jeunesse : comment perçois-tu l’écriture, la différence de ton selon le public visé ? As-tu une préférence entre les deux ?

Je ne ferais pas de classement, mais il est vrai que l’écriture de roman est ce qui fait que ma vie tient debout. J’y travaille tous les jours, j’y pense aussi toutes les nuits.

Il y a bien sûr une différence d’écriture avec la jeunesse, mais pas tant que cela, après tout. Je suis persuadée que les enfants sont capables autant que les adultes, et même davantage pour certains, d’être sensibles à une poétique. La rythmique et le souffle d’un texte, les silences et ce qu’on ne dit pas, ils les reçoivent et les perçoivent très bien. Alors, depuis Citronnette, j’ai compris que le travail était le même. Qu’on pouvait avoir une semblable exigence d’écriture.

Évidemment, les textes de mes albums sont tout de même plus légers et plus fantaisistes que ma littérature pour adulte, ce qui est merveilleux étant donné que les thèmes de mes romans sont assez sombres (au départ, car ce qui m’intéresse est la lumière partout où on peut la trouver).

  • Quel est, selon toi, le moment le plus approprié pour écrire ?

Le meilleur moment, je crois, est celui où on est vivant. Allez, debout, on y va ! Après il sera trop tard.

  • Dans tes deux derniers albums jeunesse, notamment dans Le festin de Citronnette, publié chez Sarbacane, la plume est très gourmande. Tu as d’ailleurs écrit des livres de recettes. Comment la cuisine est-elle entrée dans ton quotidien, jusqu’à nourrir ton travail d’auteure ?

J’adore faire la cuisine, d’ailleurs je viens juste de finir la sauce de mes pâtes, j’ai encore l’odeur des échalotes sur les mains ! Je viens d’une famille dans laquelle la cuisine avait une importance énorme, pas besoin de chercher loin…

J’ai publié un joli petit livre aux Éditions de l’Épure sur la façon de préparer la feuille de figuier, par exemple. Je suis totalement dingue des légumes, des herbes sauvages et des marchés. Certains libraires, un peu partout en France, qui me connaissent maintenant et me reçoivent, m’indiquent spontanément le chemin pour filer, dès huit heures le lendemain de la rencontre, vers ce fameux marché…

Je pars toujours avec une valise à moitié vide pour rapporter des choses. Il m’est même arrivé d’éplucher des légumes dans ma chambre d’hôtel pour gagner de la place et réussir à tout caser avant d’aller à la gare… Parfois les libraires ou les organisateurs de salon s’interrogent : « mais enfin il n’y a pas de céleri, pas de courgettes à Paris ? » « Non, il n’y a pas, mais alors pas du tout le céleri de cette petite dame en bleu avec ses bouquets de dahlias tordus et ses bottes de pourpier. Il n’y en a pas. » Regarder un étal de petit maraîcher peut facilement me mettre les larmes aux yeux. Je sais, c’est fou. Alors, bien sûr, tout cela entre un peu dans mes livres. Écrire et faire la cuisine, pour moi c’est pareillement s’avancer vers l’autre.

Mais au fait, le marché de Nice, il est où par rapport à la librairie ?

Le Marché aux Fleurs a lieu du mardi au dimanche, au Cours Saleya, soit à environ une dizaine de minutes de la librairie !

  • Travailles-tu sur un projet actuellement ? Quand paraitra ton prochain roman ?

Je travaille même sur plusieurs choses. Je finis les corrections du prochain roman, à paraître en 2018 chez Grasset, me plonge dans les recherches, assez touffues, pour le prochain roman, et réfléchis à une nouvelle qu’on m’a demandée pour un ouvrage collectif qui devrait sortir au printemps de cette année.

Et puis, toujours flottante, l’envie d’un autre album jeunesse… même si j’ai déjà signé pour un autre, à paraître dans un an environ chez Sarbacane. Celui-ci sera illustré par Anaïs Brunet, une jeune femme très talentueuse qui va publier son premier album très bientôt. Pour l’instant, j’ai eu beaucoup de chance avec les illustratrices ! Ce qu’elles ont fait autour de mes textes est magnifique.

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Le doudou des bois, Sarbacane, 2016 – Illustrations Amélie Videlo
  • Dans ton dernier album Le doudou des bois (illustrations Amélie Videlo), publié chez Sarbacane, tu abordes la notion de perte et de séparation. Comment vois-tu le doudou d’un enfant ? Est-ce un « objet transitionnel » réellement utile ?

Les enfants me posent la question quand je vais dans les classes pour en parler, et ça les étonne, car je n’ai pas eu de doudou. Et un seul de mes trois enfants en a trainé un partout (et hmmm, elle l’a toujours à l’âge adulte). Si on en ressent le besoin, vivent les doudous ! Tout ce qui peut aider, dans la vie, il faut le prendre.

Lorsque j’ai écrit Le Doudou des bois, je vivais moi-même un moment de séparation (je le vis toujours, d’ailleurs) extrêmement difficile, après la mort d’un de mes enfants. J’ai écrit par la suite un récit de deuil, à destination des adultes (Nuit de septembre, 2016, Grasset), mais le texte du Doudou a été la première chose que j’aie réussi à mener à bien, peut-être deux mois après sa mort.

Les mots de cet album, je crois, sont très pudiques et ne laissent rien transparaître de tout cela, ils sont poétiques et axés sur les sensations, à travers les choses que Georgette va pouvoir trouver dans la forêt pour remplacer son doudou perdu. La fin est drôle et inattendue.

Il me semble que ce que j’ai voulu faire est montrer la force étonnante qu’on a au fond de soi, quel que soit son âge. Une libraire m’a dit : « c’est la première fois que je vois, dans cette histoire déjà souvent traitée (bien sûr !) du doudou perdu, un enfant qui se débrouille absolument seul – et avec succès ! – face à la séparation, sans l’intervention d’un adulte. »

Comme je le dis dans la petite phrase en exergue de l’album, ce qui est perdu n’est jamais tout à fait perdu.

Si je peux dire aussi un mot du travail d’Amélie, regardez-le, simplement : ses peintures sont d’une poésie et d’une profondeur incroyables.

  • Quels conseils donnerais-tu à un écrivain en herbe ?

D’abord, de lire, bien sûr, lire énormément et puis de s’armer de courage. C’est un chemin difficile… Il faut travailler, travailler, travailler, douter, chercher, creuser, enlever du gras, recommencer. Écrire pour être vivant au milieu des vivants. Quoi de plus formidable ?

  • Quel serait ton animal-totem ? Pourquoi ?

Un chat, à coup sûr.

J’en ai un, écaille de tortue et grassouillet. Il est couché en rond à côté de ma main quand j’écris et m’aide considérablement – quand il ne me mord pas.

savane
Tout à fait d’accord, les chats, c’est la vie.

Merci de tout cœur, Angélique, pour ces précieuses réponses ! Vous pouvez retrouver les chroniques sur le journal en ligne, ActuaLitté, ici, et là-bas !

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